Dans la brève interview suivante, j’ai demandé à Jean-Christophe Vidal de bien vouloir revenir sur quelques-uns des thèmes fondamentaux de la Clarification. Cet échange pédagogique s’ouvre sur une question essentielle : à quelles personnes s’adresse la Clarification et que le propose-t-elle ?

Dans quelles types de circonstances une personne peut-elle être amenée à consulter un clarificateur?

Jean-Christophe Vidal : Une personne consulte un clarificateur car elle se sent prisonnière de comportements inadéquats qui entravent son déploiement personnel et professionnel. Incapable comprendre la cause de tels comportements, elle est impuissante à s’en libérer. 

A quoi reconnaît-on de tels comportements?

Jean-Christophe Vidal : Ces comportements inadéquats et handicapants se reconnaissent aux trois caractéristiques suivantes : Ils occupent constamment l’esprit du coaché (ils sont préoccupants). Le coaché a le sentiment de ne pas les comprendre de manière claire et complète (ils restent obscurs). Il lui est impossible de se positionner dans l’action pour leur trouver une solution concrète (ils sont paralysants).

N’est-il pas étonnant que le coaché ne parvienne pas à comprendre complètement un problème qui le préoccupe constamment?

Jean-Christophe Vidal : Sa compréhension fragmentaire du problème vient de son incapacité à en aborder les aspects les plus inconfortables. N’étant pas en possession de la totalité de l’énoncé du problème, il est incapable d’en faire le tour et de le résoudre de manière intelligente et créative.

Pouvez-vous préciser ce que vous entendez par: “les aspects les plus inconfortables d’un problème?”

Jean-Christophe Vidal : Les aspects inconfortables d’une situation sont ceux qui font lever chez le coaché une émotion désagréable. Celle-ci n’est pas forcément spectaculaire. Il peut s’agir d’une irritation, d’une tristesse ou d’une simple inquiétude. Il n’en reste pas moins que ce ressenti provoque chez le coaché un malaise et une tension qui le pousse rapidement à écarter ce sujet sensible de son esprit. Il préférera passer à tout autre chose. C’est ce qu’en Clarification on appelle « l’effet rebond ».

C’est à dire?

Jean-Christophe Vidal : Comme certains aspects d’une situation font immédiatement lever une émotion inconfortable chez le coaché, celui-ci est incapable d’y réfléchir très longtemps. Son esprit rebondit dessus comme une balle. La Clarification appelle ces angles morts des « non-dits ». Ce sont eux qui empêchent le coaché de comprendre complètement son problème et d’y trouver une solution.

Pourriez-vous illustrer cette dernière affirmation par un exemple concret?

Jean-Christophe Vidal : Tout à fait. Prenons l’exemple du coup de téléphone que nous ne cessons de différer. Il nous est demander d’entrer au plus vite en contact avec une certaine personne. Chaque matin nous nous promettons de l’appeler « dans la matinée. » A midi, nous nous persuadons que la personne sera sans doute beaucoup plus disponible en fin d’après-midi. Arrive le soir et nous jugeons préférable de la joindre le lendemain. Pourquoi procrastinons-nous sans cesse ? La raison de ce comportement incompréhensible est que cette conversation nous amènera inévitablement à aborder des sujets qui « fâchent ». Parfois, nous sommes parfaitement conscients de ce dont nous ne voulons surtout pas entendre parler. Mais le plus souvent nous n’identifions exactement pas les causes de nos hésitations. Au moment de passer l’appel, nous ressentons simplement une sensation de trouble ou un vague inconfort physique. C’est pour échapper à ce malaise que nous reportons sans cesse un coup de fil dont nous reconnaissons par ailleurs la nécessité.

Je ne comprends pas pourquoi le coaché éprouve tant de difficultés à comprendre ce qui l’empêche de passer à l’action. Ne suffirait-il pas qu’il s’en ouvre aux autres personnes impliquées dans la situation?

Jean-Christophe Vidal : En réalité, le coaché est incapable de communiquer avec eux sur les aspects inconfortables de la situation. C’est la raison pour laquelle la Clarification parle de « non-dits ».

D’où vient cet empêchement?

Jean-Christophe Vidal : La difficulté à verbaliser ces « non-dits » peut s’expliquer simplement. Il faut d’abord savoir que ces « non-dits » sont souvent inconscients ou subconscients. Le coaché ne les identifie donc pas clairement et n’a tout simplement pas l’idée d’en parler. Même lorsque ces « non-dits » sont conscients, le coaché hésitera à les verbaliser de peur d’être incompris ou jugé. Cette incapacité à communiquer sur les « non-dits » est la raison pour laquelle nous ne parvenons pas à résoudre certains problèmes. C’est pourquoi la Clarification considère que tout problème est avant tout un problème de communication. La résolution des problèmes passe donc par la conscientisation et la verbalisation des non-dits.

Quelles sont les solutions proposées par la Clarification pour rendre possible la verbalisation des non-dits?

Jean-Christophe Vidal : Pour permettre au coaché de verbaliser ses « non-dits » et faire émerger ses solutions, le clarificateur s’appuie sur plusieurs principes fondamentaux. Je vais en énumérer quelques-uns mais sans entrer dans les détails. Le but de cette interview se limite à donner une vue générale de l’approche. Le premier de ces principes consiste à s’interdire de poser un diagnostic sur la teneur des « non-dits » du coaché.

Pourquoi?

Jean-Christophe Vidal : Parce que cela n’est ni possible ni souhaitable ! Le clarificateur ne prétend pas faire preuve de clairvoyance. Il ne lit pas dans les pensées de son coaché. Cela ne lui serait d’ailleurs d’aucune utilité puisqu’en début de séance ce dernier ignore encore la nature des « non-dits » qui l’entravent. Du reste, même si le clarificateur pouvait identifier et verbaliser avec justesse les « non-dits » du coaché, celui-ci n’en tirerait aucun profit. Cette intrusion serait même contre-productive puisqu’elle l’empêcherait de faire sa propre prise de conscience. Il comprendrait certes pourquoi son problème perdure mais se montrerait toujours incapable de le résoudre puisque le clarificateur ne se serait adressé qu’à sa tête.

Le rôle du clarificateur ne consiste donc pas à identifier les nons-dits à la place du coaché…

Jean-Christophe Vidal : Pas du tout ! Le coaché est seul capable de conscientiser et de verbaliser ses non-dits sans risque d’erreur. Le clarificateur lui fait confiance pour mener cette tâche à bien. Son rôle se bornera à l’accompagner dans cette prise de conscience et à faire en sorte qu’il fasse bien le tour complet de son problème.

Comment s’y prendra-t-il?

Jean-Christophe Vidal : Puisque le clarificateur ignore quels sont les « non-dits » de son coaché, il va faire en sorte de le maintenir sur son sujet jusqu’à ce qu’il en fasse le tour complet. Lorsque le coaché reste focalisé sur le sujet qui le préoccupe, il est peu à peu amené à exprimer tout ce qu’il a à en dire et finit par en avoir une compréhension claire et complète. Il dispose alors du recul nécessaire pour faire une prise de conscience.  Etant capable de verbaliser ses « non-dits » avec ses propres mots le coaché pourra faire émerger une solution qui n’appartient qu’à lui. Une telle prise de conscience donnera au coaché l’énergie et l’enthousiasme de passer à l’action.

Si je comprends bien, le clarificateur adopte une posture très minimaliste…

Jean-Christophe Vidal : Exact. Le travail du clarificateur consiste essentiellement à permettre au coaché d’identifier la véritable nature de son problème. Cette découverte débouchera naturellement sur l’émergence d’une solution adaptée.

Tout cela est plus facile à dire qu’à faire…

Jean-Christophe Vidal : Oui. C’est pour cela que la posture incarnée par le clarificateur doit être non seulement épurée mais aussi très humaine. Pour que le coaché accepte de prendre le risque de parler des aspects inconfortables de sa situation, il doit avoir le sentiment d’être écouté sans jugement. La posture d’ouverture du cœur manifesté par le clarificateur joue un rôle central dans la création de ce que la Clarification appelle l’Alliance avec le coaché. Celle-ci est essentielle à la réussite d’une séance.

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